
Adieu Hawa
Le 7 Mai vers 3:00 du matin, je prenais la route pour récupérer Hawa Dialo à l'arrivée de son avion en provenance de Dakar à l'aéroport Charles de Gaulle.
6:15, je trouve une place tout près de la sortie du terminal. Pas question de mettre la voiture au parking. C'est trop loin et l'air suffoquant et pollué des sous sols est tout sauf ce que l'on souhaite voir respirer à un enfant cardiaque.
6:30 l'avion atterrit. Il est à l'heure. D'autres familles d'accueil de Mécénat sont là, pour d'autres enfants venant d'autres pays.
Hawa passe les contrôles avec son accompagnateur. Son pas est lent, son visage fatigué mais souriant. Elle est épuisée. Le voyage est une épreuve. Nous faisons connaissance, en marchant lentement vers la voiture. Nous devrons nous arrêter plusieurs fois. Hawa a 21 ans. Elle est très belle, surtout quand elle sourit de ce sourire qui s'excuse de devoir s'arrêter. Comme si la nature lui faisait pour la nième fois cette bonne vielle blague qu'elle prendrait toujours bien.
Finanlement installée à l'avant de la voiture, nous parlons un peu du Sénégal, de sa famille de sa maladie, de mon enfance à Dakar, de Mamadou. Elle s'endort. Malgré l'heure matinale, la sortie de Paris est longue et pénible. Hawa se réveille plusieurs fois pour s'émerveiller de ce qu'elle voit.
Enfin l'autoroute. Plus que 250km. A plusieurs reprise je regarde Hawa dormir en me disant que c'est merveilleux d'essayer de changer le monde. de lui apporter un peu plus de justice. Je m'imagine aussi dans 6/8 semaines, faisant le même trajet en sens inverse, avec une Hawa gaie, qui trotterait devant moi avec sa valise, impatiente de rentrer au pays, guérie. Mission accomplie.
Une ou deux fois je dois m'arrêter prendre une boisson énergisante. Le sommeil me gagne. Pas question de prendre le moindre risque.
Nous arrivons chez Marie Joe et Germain vers 10:00.
Marie Joe et Germain se sont portés candidats pour devenir famille d'accueil il y a plus de 2 ans. Ils ont hébergé Steve, qui venait du Cameroun. Marie Joe est une aide soignante retraitée. Germain est plâtrier. Il sera en retraite cet été. Nous sommes devenus amis. Ce sont des gens formidables. Ils habitent maintenant à moins de 5 km de la maison. Nous nous voyons souvent. Quand le cas Hawa s'est présenté, ils se sont porté volontaires, enthousiastes, heureux de donner.
Puis tout s'est enchaîné très vite. Après la visite médicale complète, date est prise la semaine suivante pour l'opération. Il faut qu'Hawa récupère un peu.
Enfin l'opération: 16 heures. Les arrêts cardiaques. Le réveil qui ne se fait pas comme prévu. Tout cela nous le sauront en voyant Marie Joe débarque à la maison, en pleurs. Le mainiten en soins intensifs. Les mauvaises nouvelles qui font pleurer. Les rémissions qui font espérer. 4 jours à prier et espérer. 4 jours à se voir tous les soirs avec Marie Joe et Germain, pour se consoler, se tenir chaud. Les points journaliers avec le chirurgien, Monsieur de Brux, que l'on imaginerait blindé contre ces évènements. Pas du tout. Il est aussi choqué que nous. Si chaleureux. Si humain aussi dans le partage de ses doutes et de sa révolte.
Puis il a bien fallu se rendre à l'évidence. Rien ne servait de se battre encore. Nous avons laissé Hawa nous quitter. Des représentants de sa religion l'ont accompagnée des rites de son culte. Dans la cale d'un avion elle est retournée auprès de sa famille, avec qui nous pleurions à de milliers de km de distance.
Nous n'étions pas préparés à ça. Ce n'est pas ce que nous voulions. Il nous a fallu un peu de temps pour revenir à ce site et le faire vivre encore. Nous n'étions pas prêts à revivre ce qui il y a bientôt 15 ans nous a amené à créer cette association.
Paradoxalement, c'est un spam honteux et diffamatoire sur le forum qui nous y a ramenés. Que le monde est étrange et multiple! Quel grand écart fait notre humanité entre l'exemplaire engagement de nos familles d'accueil et les plus pitoyables ragots anonymes.
Tout ce qui ne nous tue pas nous renforce. Nous continuerons avec encore plus de détermination à sauver des enfants grâce à vous.
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